Le quartier d'habitations écologiques
 
Intégrer à l'échelle locale les enjeux planétaires

Un éco-quartier est un projet d'aménagement visant à intégrer des objectifs de développement durable et à réduire son empreinte écologique.

L'éco-quartier concilie autant que possible les différents enjeux environnementaux dans le but de réduire son impact :

    Meilleure gestion des déplacements avec limitation de la voiture et incitation à l'utilisation de transports doux (transports en commun, vélo, marche à pied).
    Réduction des consommations énergétiques et recours aux énergies renouvelables.
    Des matériaux de construction et des chantiers exemplaires.
    Limitation de la production de déchets.
    Réduction des consommations d'eau.
    Favoriser la bio-diversité.

Fidèle aux principes de développement durable qui place la concertation au cœur du processus, la conception d'un tel quartier attache une importance particulière aux principes de bonne gouvernance, à la mixité socio-économique, culturelle et générationnelle.

Le Ministère de l'Écologie propose des textes de référence :
http://www.developpement-durable.gouv.fr/Textes-de-references,20633.html

 

En Vendée, le Conseil Général a développé le concept de "quartier d'habitations écologiques" auquel il accorde des aides (subvention aux études et aux opérations innovantes). 
Le cahier des charges intègre le choix des objectifs qualitatifs suivants :

Eco-quartier Chartres

 

C'est dans ce contexte que COMPOST CITOYEN a voulu s'inscrire, afin  de contribuer à la réflexion et à la concertation autour du thème des DÉCHETS. Forte de l'expérience de ses membres dans les initiatives vendéennes depuis dix ans, l'association veut porter le message d'une gestion innovante des déchets dans le quartier pour leur réduction et leur valorisation à la source, tout en favorisant la convivialité et le lien social. Que l'on soit en secteur urbain, rurbain ou rural, des solutions existent.

La gestion des déchets s'applique par ordre de priorité dans la législation et la politique en matière de prévention et de gestion des déchets :
1) prévention ;
2) préparation en vue du réemploi ;
3) recyclage ;
4) autre valorisation ;
5) élimination.
DIRECTIVE 2008/98/CE DU PARLEMENT EUROPÉEN ET DU CONSEIL du 19 novembre 2008 relative aux déchets

1. La gestion des déchets de chantier

La première étape concerne les déchets générés par la viabilisation et les constructions du quartier. Concilier l'économie des chantiers et la protection de l'environnement, tel est l'enjeu de cette étape initiale.

L'ADEME, Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie, propose des formations, des dossiers et des guides pour la gestion des déchets de chantier dans le cadre réglementaire, et surtout des méthodes pour limiter la production de déchets pendant tout le chantier.

http://www2.ademe.fr/servlet/getDoc?cid=96&m=3&id=61920&p1=30&ref=12441
http://www2.ademe.fr/servlet/doc?id=69440

2. La gestion des déchets de l'éco-quartier

2.1 Penser les déchets au quotidien

Le tri des déchets par les résidants est l'acte essentiel qui conditionne toute la réussite de cette démarche durable. Cela suppose l'intégration d'aménagements spécifiques :
- dans les logements, par l'équipement de la cuisine en poubelles/bacs autorisant le tri sélectif par exemple,
- dans les espaces communs, pour l'installation des moyens de prévention et de collecte.


Design et inventivité participent à la démarche du tri sélectif.

Pour l'application de la hiérarchie des déchets, pensez aux solutions les plus performantes :

1) prévention : 30% des déchets de la maison sont biodégradables et doivent donc être détournés par un traitement en interne au quartier.

2) préparation en vue du réemploi : si la dimension du quartier le permet, la présentation des encombrants à tous les résidants peut offrir des solutions de troc. Pour le reste, la collecte spécifique ou l'apport en ressourcerie ouvrira l'accès au réemploi extérieur.

3) recyclage : intégrer l'accompagnement au tri pour le rendre plus facile, par l'accès simple aux moyens d'apport ou de collecte (distance, visibilité, propreté)

5) élimination : pour la collecte des déchets résiduels, résoudre les problèmes de place, les nuisances olfactives, les bruits, les dépôts sauvages, l'accès des camions, l'impact sur la circulation.

2.2 La prévention des déchets

Toute action en amont visant à faciliter la gestion ultérieure des déchets, notamment par la réduction des quantités de déchets produits et/ou de leur nocivité participe à la prévention. Pour les résidants, cela commence par les actes individuels d'achat et de consommation qui induisent le moins possible de déchets, surtout de déchets complexes non recyclables.

Puis la prévention concerne principalement les déchets organiques : les biodéchets de la cuisine et les déchets verts. Des barrières psychologiques sont à lever pour l'acceptation du tri et du traitement. Des explications sur l'enjeu et sur la capacité à mener le processus sans nuisance sont à développer.

Des solutions domestiques peuvent être proposées par la mise à disposition de boîtes à compost et de broyat de déchets verts dans l'habitat individuel. D'autres outils peuvent satisfaire des attentes plus marginales : le lombricompostage, le seau à Bokashi, le digesteur Green Cone... 

Les outils domestiques : les boîtes à compost, le lombricomposteur, le seau à Bokashi, le digesteur Green Cone

Cependant, la diminution de la surface des terrains ne permet pas toujours cette installation. De plus, une solution collective génère de la convivialité et du lien social importants pour la construction des relations entre les résidants du nouveau quartier. Elle s'étend également à l'habitat vertical.

Une solution collective et fédératrice

La mise en commun de la gestion des biodéchets des résidants implique un investissement humain des habitants pour concevoir puis assurer le service de l'outil de compostage. Ce partage cimente les relations et dynamise le groupe autour du mieux vivre dans le quartier. Si la décision de mettre en place ce compostage collectif relève de l'autorité qui choisit les objectifs et les moyens pour la création du quartier, la gouvernance doit être ensuite transmise aux résidants pour organiser la gestion de la démarche, les modalités d'ouverture, le suivi du processus et l'utilisation du compost produit. Cette phase de prise en charge doit être accompagnée, avec la recherche et la formation de référents, avec une communication intégrée aux autres enjeux de développement durable de l'éco-quartier.

Cela se traduit par la constitution d'un groupe de guides composteurs reconnus par les autres résidants et les autorités administratives, qui seront le moteur de cette gestion des biodéchets en proximité.

Aux concepteurs du quartier d'habitations écologiques reviendront le choix et l'installation des outils. L'outil de compostage sera dimensionné aux besoins du quartier. Les apports étant volontaires, le positionnement de l'outil doit permettre un accès de proximité à tous. La panoplie actuellement disponible s'étend des boîtes à compost en batterie, aux pavillons de compostage jusqu'aux plates-formes.

La batterie de boîtes à compost

Un petit quartier de quelques dizaines d'habitations peut fonctionner avec une batterie de boîtes à compost de grande capacité. Ceux-ci seront ouverts à des périodes hebdomadaires régulières, sous le contrôle d'un guide-composteur assurant l'accueil des usagers et le conseil pour répartir en fines couches les différents déchets compostables. A la fin des dépôts, il s'assure que le tas est recouvert d'une couche suffisante de broyat de déchets verts pour bloquer les nuisances olfactives. Il surveille le bon déroulement du processus de fermentation, notamment en agissant pour amener de l'air à l'intérieur du tas. Un banc auprès de cette installation servira aux usagers pour échanger sur le compostage et les autres activités dans le quartier.


Une batterie de boîtes à compost avec un bac à broyat



Des outils pour aérer le compost à l'intérieur de la boîte

 

Le pavillon de compostage

L'outil le plus polyvalent est certainement le pavillon de compostage. Il répond aux exigences des milieux ruraux comme urbains. D'une capacité variable de 2,5 à 20 m3, il s'adapte aux différentes tailles des quartiers : de 15 à 20 foyers pour un 2,5 m3 jusqu'à 130 à 150 foyers pour un 20 m3. Il nécessite peu de surfaces, de 3 à 17 m2 pour l'équipement, et un cheminement autour. Sa construction en bois et son aspect de chalet en font un élément plaisant dans le paysage.

Le pavillon est composé d'un corps principal  couvert partagé en quatre casiers, d'un silo pour le broyat et d'un bac de trempage à broyat. Le corps principal est constitué de planches amovibles qui permettent les opérations de chargement et de déchargement des casiers. Un escalier s'avère nécessaire pour le dépôt des biodéchets en fin de remplissage du casier.

L'investissement s'élève de 900 € (2,5 m3) jusqu'à 4250 € (20 m3) pour le produit, auxquel il faut ajouter les prestations pour l'installation variables selon la participation des bénévoles.

Quel est son fonctionnement ?

Dépôt - Les habitants apportent leur biodéchets aux horaires d'ouverture. L’usager est acteur de la démarche. Il pèse son bio-bac et enregistre son passage. Il le vide dans le casier en remplissage, étale grossièrement le contenu et le recouvre de broyat humidifié.

Fermentation  - Durant la période de remplissage d’un casier, variable selon le nombre de foyers et la capacité du casier, les bactéries font leur travail. La dégradation et l’hygiénisation sont assurées par une montée en température du casier à 70°.

Maturation - Lorsque le casier de remplissage est saturé, son contenant est versé dans le casier de maturation. Ce dernier sera vidé pour utiliser le compost et pour recevoir un nouveau lot en fermentation.

Cet équipement est un lieu de rencontre pour les résidants, un lieu d'échange avec les guides-composteurs pour le bon tri, un haut lieu de convivialité si on y adjoint le partage d'un café par exemple. Le compost produit trouve un débouché naturel pour l'entretien des espaces verts et jardins du quartier et des résidants.

Dans le cas d'un quartier très étendu et dense, il devient nécessaire de disposer de plusieurs pavillons répartis dans son espace ou de disposer d'une plate-forme de compostage.

 

La plate-forme de compostage

Cet outil permet d'accueillir de grandes quantités de biodéchets mais oblige à disposer d'une grande surface à distance des habitations, clôturée pour fermer l'accès aux chiens, occultée par une haie ou une palissade. Le fonctionnement est identique au pavillon, mais les biodéchets sont versés dans un bio-récepteur et les processus de fermentation et de maturation  se déroulent dans un andain. Le tas doit être brassé environ chaque mois, une bâche géotextile le protège des excès d'humidité ou d'évaporation.

Les contraintes techniques sont supérieures à cause des quantités importantes traitées. Cependant, elles restent à la portée des guides composteurs et ne nuisent pas au lien social. 

 

2.3 Le réemploi des déchets

A l'échelle du quartier, un système d'information est créé pour mettre en relation les personnes qui souhaitent se débarrasser d’objets qui les encombrent avec des personnes qui en ont besoin. Il peut être complété par un système d'exposition identique à un vide-grenier.  Cela évite l'abandon d'objets qui deviendraient des déchets alors qu'ils ont encore une utilité. Cela incite les résidants à se défaire d’acquisitions compulsives dont ils n’ont plus usage et encourage chacun à adopter une attitude communautaire. Le transfert de propriété peut aussi être gratuit selon le mode du Free Cycle. Des petites annonces de recherche d'objets peut s'ajouter.

2.4 Le recyclage des déchets

Il s'agit de faciliter le recyclage des déchets des résidants par des actions communautaires. Elles seront adaptées aux consignes locales de tri, d'apport et de collecte. Si des équipements communs sont implantés, ils le seront à proximité de l'équipement de compostage pour limiter les déplacements et dynamiser les démarches.

2.5 L'élimination des déchets ultimes

L'enlèvement des déchets ultimes est effectué par des camions dont la circulation n'est pas souhaitable à l'intérieur du quartier. La concentration des bacs à enlever en un même lieu aménagé répond à cette exigence, libérant simultanément les trottoirs de ces verrues encombrantes. Toutefois, cet espace doit rester ouvert et propre pour ne pas susciter des dépôts sauvages.

3. Un éco-quartier accueillant

Les actions innovantes en matière de gestion des déchets décrites à différents stades contribuent effectivement à des objectifs élevés de développement durable et de réduction de l'empreinte écologique. Elles participent aussi aux économies d'énergie, à la limitation des transports, à la bio-diversité.

Leur rôle social est un atout supplémentaire pour les mettre en oeuvre dès la conception du projet puisque c'est un élément d'intégration des nouveaux résidants au fur et à mesure de leur installation dans l'éco-quartier, un moyen d'appropriation des équipements communautaires et un vecteur pour développer  des relations et des activités au sein de cette collectivité nouvelle.

 

                                                                                            
ANNEXES

FABRICATION DES PAVILLONS DE COMPOSTAGE

Les pavillons de compostage sont fabriqués par l'association d'insertion ATAO basée à Nantes. 

Ils sont fabriqués à partir de bois issu des forêts françaises et soumis à un traitement écologique : l'oléothermie. Du fait de la température modérée de ce traitement, il permet de conserver au bois sont aspect naturel et lui assure une parfaite conservation dans le temps (aspect, conservation et stabilité dimensionnelle).

 

DES LIENS VERS DES EXEMPLES A L'ETRANGER

Un éco quartier allemand dans une ancienne caserne française : un site avec visite guidée.

Un éco-quartier suédois avec des solutions innovantes pour les déchets.